Damien Alary

Des vœux de liberté pour 2015

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Voici le discours prononcé lors de mes vœux de la Région le 15 janvier 2015.

« Ils se surnommaient Cabu, Charb, Tignous, Wolinski, Honoré. Ils s’appelaient Bernard Maris, Elsa Cayat, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Frédéric Boisseau, Michel Renaud, Mustapha Ourrad et Clarissa Jean-Philippe. Ils se nommaient Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada.

Caricaturistes et journalistes de Charlie Hebdo, policiers, agent de maintenance, économiste, psychanalyste, simples citoyens, pères de famille, la barbarie et la violence les a privés de vie la semaine dernière.

17 innocents sont tombés sous les balles des terroristes, victimes du fanatisme, de l’intégrisme, de «l’infâme» comme disait VOLTAIRE. Je n’oublie pas aussi les nombreux blessés.

Au nom de tous les élus de la Région et au nom de l’ensemble des autorités civiles et religieuses présentes ici ce soir, je m’associe à l’immense douleur des familles et proches des victimes de ces attentats. Je vous invite à présent à observer ensemble une minute de silence.

C’est avec une très grande émotion que je vous accueille ce soir. Au regard des circonstances, j’ai souhaité changer le déroulement de cette manifestation traditionnelle et associer l’État à mes propos en invitant Monsieur le Préfet de Région à venir à mes côtés. Alors que toute la France est encore en deuil, ce soir, comme dimanche dernier, nous sommes tous Charlie !

Beaucoup ont été dits, mais aucun mot bien sûr n’est assez fort pour exprimer notre peine, notre stupeur, notre colère. La presse, la démocratie et la république ont été sauvagement attaquées par des terroristes, des lâches animés par la terreur et la haine. La neutralisation de ces derniers est un vrai soulagement et je tiens, à travers vous Monsieur le Préfet, à remercier solennellement et rendre un hommage appuyé aux forces de l’ordre dont l’engagement, le professionnalisme et le courage ont permis de mettre fin à ce cauchemar.

Ce sont ces mêmes représentants de l’ordre et de la sécurité, policiers ou pompiers qui se font parfois molester et caillasser dans notre pays ceci Monsieur le Préfet n’est plus tolérable.

Des soldats de la liberté dont les seules armes étaient le crayon et la libre pensée sont tombés sous les balles de kalachnikov. Des policiers ont été abattus en faisant leur devoir de protection de la population française. Des innocents ont été fauchés par un antisémitisme primaire et meurtrier.

Notre indignation et notre vigilance ne doivent pas fléchir aujourd’hui. C’est que notre humanité est ainsi remise en cause, atteinte au cœur. C’est ainsi que je le ressens aujourd’hui, comme je l’ai ressenti après la décapitation de Hervé GOURDEL par des djihadistes en Algérie le 24 septembre dernier. C’est pourquoi j’aime à rappeler cette réflexion de ce grand président et philosophe Vaclav HAVEL «La sauvegarde de notre monde humain n’est nulle part ailleurs que dans le cœur humain, la pensée humaine, la responsabilité humaine».

Alors, que faire, à notre niveau, face à cette idéologie de la terreur, cette barbarie d’un autre age qui frappe aveuglément n’importe où, n’importe quand et n’importe qui ?

Nous avons tout d’abord un devoir de mémoire.

Il est impératif. Si le temps permet d’apaiser la douleur, il ne doit pas effacer la mémoire. Vivre au présent et préparer l’avenir, ce n’est pas faire fi du passé.

Je ne vais pas dérouler la trop longue liste des faits de terrorisme de notre planète, mais je veux me souvenir particulièrement de quelques otages français dont Daniel LARRIBE faisait partie, originaire de Mialet dans le Gard, enlevé avec 6 autres personnes à Arlit au Niger et libéré le 29 octobre 2013 après 3 ans et 15 jours de détention. Je veux me souvenir de Édouard ELIAS, reporter d’image originaire de Saint-Quentin-la-Poterie dans le Gard, qui était libéré avec 3 autres journalistes le 19 avril 2014, après 10 mois de captivité éprouvante en Syrie. Enfin le dernier otage français, Serge LAZAREVIC, détenu au Mali par AQMI depuis 3 ans était libéré le 9 décembre dernier. Certains n’ont pas eu la chance de survivre. Je pense à la mort présumée du lozérien Gilberto Rodrigues Leal, et à d’autres.

Dans un autre registre de terreur, je veux aussi que l’on garde en mémoire ce carnage le 16 décembre dernier, causé par des talibans dans une école de Péshawar au Pakistan, tuant 141 personnes dont 132 enfants. Des enfants !

Il y a moins de trois ans, à Toulouse, c’est une autre école qui était meurtrie. Avec pour victimes des enfants et leurs professeurs, tombés parce qu’ils étaient juifs. Ceci, j’ai eu l’occasion de le rappeler avant-hier lors de ma visite du Lycée Joseph Vallot à Lodève, un des sanctuaires de la République.

Samedi dernier, au Nord-Est du Nigéria, c’est à dire à quelques heures d’avion d’ici, une fillette de 10 ans a servi de bombe ! Quelle folie ! Quelle lâcheté !

Les leçons de l’histoire font partie de l’héritage que nous lèguent nos parents et que nous devons transmettre à nos enfants. C’est une obligation politique bien sûr, c’est un devoir pour chaque parent, c’est une responsabilité collective enfin de l’ensemble de la société. Ce devoir de mémoire n’a d’égal que celui de vigilance.

C’est pour cela, pour entretenir cette mémoire collective, que nous avons commémoré en 2014 les 100 ans de la 1ère guerre mondiale et les 70 ans du Débarquement. C’est pour cela que nous célébrerons en 2015 le centenaire du génocide arménien et le 70e anniversaire de la libération des camps de concentration nazis.

La Région inaugurera enfin en octobre prochain le Mémorial du Camp de Rivesaltes. Il racontera en 2015 comment la France interna en ce lieu, Républicains Espagnols, Tziganes, puis des Juifs étrangers qui de là furent déportés, avant d’y regrouper les harkis d’Algérie. Ce lieu où les destins d’enfants, de femmes et d’hommes se sont croisés, au gré d’événements tragiques entre 1938 et 1970, restera un témoin des années noires du XXème siècle.

Le devoir de mémoire est ainsi une première réponse, pour nous ici rassemblés, à ceux qui voudraient nous plonger dans les ténèbres d’un oubli coupable.

Face au fanatisme, face à l’obscurantisme, quelles autres réponses pouvons-nous apporter, de quelles armes disposons-nous ?

Avec le devoir de mémoire, l’ardente obligation d’unité s’impose à nous.

Relisons l’Article 1 de la Constitution : «La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ».

Quelles que soient nos idées, nos croyances, nos divergences, quand le danger menace à l’échelle de la nation, nous avons le devoir de nous rassembler autour de l’essentiel : les valeurs universelles qui ont fait et qui font la France, celles des déclarations de 1789 et 1793. Ces valeurs, ce sont les valeurs de chaque Française et de chaque Français, elles fondent notre république: la liberté, l’égalité, la fraternité, mais aussi la laïcité, et la sécurité, qui doit permettre les autres.

La liberté, c’est notre valeur première, elle irrigue notre démocratie républicaine. Elle doit rester plus forte, toujours. Qu’elle soit liberté de penser, liberté d’opinion, liberté de culte, qu’elle soit liberté d’informer et de s’informer, de critiquer, de débattre ou de contester, la liberté ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Un journaliste d’un grand quotidien national rajoutait dans son édito du 9 janvier que «La liberté est comme l’air, on la respire sans y penser. Mais si elle vient à manquer, chacun étouffe et se débat aussitôt pour la retrouver… dans la tempête, elle est la seule boussole disponible»

Je ne peux parler des valeurs de la France sans avoir un mot sur la laïcité. 110 ans après son adoption, la loi de 1905 doit rester un pilier de notre pacte républicain.

«C’est notre liberté mais également le principe de laïcité que l’on a tenté d’assassiner» a justement rappelé Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo.

La laïcité, c’est la liberté de vivre sa foi librement, sans menace. C’est aussi celle de ne pas croire. C’est laisser le droit à la critique, à la dérision et à la caricature des croyances. C’est l’esprit de Rabelais si cher à Montpellier.

Rappelons que les lois protègent les individus, et non les dogmes ou les religions.

La laïcité, c’est la neutralité de l’État. Tous les agents du service public doivent y concourir activement.

La laïcité, c’est enfin le principe de concorde. Elle renvoie à notre cohésion nationale et notre aptitude à vivre ensemble.

La laïcité n’est pas contre les religions et pas davantage contre une religion. Elle nous oblige à condamner les amalgames et le racisme. Je salue ici la pugnacité des militants des associations des Droits de l’Homme, de lutte contre les discriminations et d’éducation populaire, et ils sont nombreux dans notre région, qui font un travail courageux et remarquable contre tous les racismes.

Aujourd’hui il nous faut rester debout, il nous faut réaffirmer haut et fort la devise de la République Française, dans l’unité.

Ce n’est pas une affaire de partis politiques mais bien une affaire de citoyennes et de citoyens.

Des millions de personnes ont témoigné ces derniers jours sur les places des villes de France leur indignation, leur solidarité et la détermination du peuple de France. Français, ou étrangers partout dans le monde, nous avons répondu présents en descendant spontanément et massivement dans les rues pour des temps de recueillement, pour témoigner de notre douleur en silence, pour démontrer que c’est toujours par le «nous» et non par le «moi» que vit une démocratie.

C’est une première réponse que la République pouvait apporter aux ennemis de la République. Elle était nécessaire, face au piège tendu par ce fanatisme froid qui n’a rien à voir avec la vraie foi, cet intégrisme qui cherche à fracturer la société, ce modèle qui veut nous dresser les uns contre les autres. Il n’est pas notre modèle. Il faut le combattre. À l’échelle internationale et des nations, les défis qui s’annoncent sont d’ampleur: la coopération et l’engagement devront être accrus, les outils de l’Europe revus, les moyens de lutte déployés, l’indulgence envers les États qui soutiennent ces terroristes, condamnée sans réserve. J’en profite pour saluer les décisions du Président de la République François Hollande et du Premier ministre Manuel Valls, qui ont su réagir à la hauteur de la situation et proposer les premières mesures adaptées à ces circonstances exceptionnelles.

Revendiquer le choix des valeurs républicaines et de l’humanisme, cela commence par l’éducation de nos enfants. Le droit et le devoir d’apprendre, de savoir, de connaître, c’est l’arme la plus efficace qui soit.

«Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne» disait Victor HUGO.

Oui, l’École doit être ce sanctuaire des idéaux de la République. Elle doit être un repère, un phare qui guide nos enfants quand l’obscurité gagne.

Notre devoir ? Rechercher toujours la meilleure éducation pour notre jeunesse, lui offrir toutes les conditions d’une égalité réelle des chances. Quelles meilleures barrières contre le racisme, l’antisémitisme, le sexisme et l’homophobie que le savoir, la connaissance, la culture générale et l’esprit critique? L’École est par essence le lieu où s’apprend et se construit la citoyenneté, le terreau où doit germer le « vivre ensemble », le terrain de rencontre des enfants de toutes origines, de tous les quartiers, dans un esprit de mixité qui tend à disparaître aujourd’hui. L’école laïque et républicaine française doit redevenir ce modèle envié par tous. C’est une urgence !

Les incidents relatés dans nombre d’établissements, notamment des lycées professionnels, ces jours-ci, témoignent que le chantier est immense et que les fractures sont à l’œuvre. Oui, la contre-culture et la mise en cause des institutions sont des postures compréhensibles de l’adolescence. La libre pensée commence là. Mais on ne peut pas laisser des enfants naïfs et crédules seuls face aux diverses théories du complot qui fleurissent ces jours-ci sur les réseaux sociaux, et certainement pas tolérer que les haines communautaires s’installent dans ces sanctuaires. Je ne veux pas voir se développer cet esprit réactionnaire, ce déclinisme qui prospère à bon compte sur la crise et déconsidère notre beau pays, la France. Il me semble que le défi principal qui nous attend se situe à ce niveau, et ce, dès l’école primaire.

La Région, vous le savez, agit à l’échelon des lycées. C’est pourquoi je veux ce soir, à titre de symbole, et j’ai donné des instructions pour cela, que nous apposions rapidement et visiblement au fronton de tous les lycées de la Région la devise républicaine «Liberté, égalité, fraternité» accompagnée du drapeau tricolore national. Cette mesure, envisagée en 2013 dans la loi de refondation de l’école de la République, doit réaffirmer l’attachement de la nation à son école et contribuer à l’appropriation par les élèves des fondements de la Constitution. Elle accompagnera donc l’affichage de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dans chaque établissement de la région. Je travaille en lien avec Madame le recteur pour la mise en place commune de cette mesure et pour envisager également des temps autour de la transmission des valeurs républicaines dans les établissements.

Je vais par ailleurs demander au Conseil régional des Jeunes de se saisir de ce débat et de nous rendre des propositions pour la rentrée prochaine. Notre jeunesse doit être entendue.

Je souhaite également que le CESER travaille sur ces questions pour proposer à la Région un certain nombre de mesures liées à l’éducation et aux lycées.

De l’école, du collège ou du lycée à l’emploi, de l’éducation à l’apprentissage, il n’y a parfois qu’un pas, mais ce pas est souvent décisif pour commencer à vivre dignement sa vie d’homme, et pour ne pas se perdre du côté sombre de l’humanité. C’est pourquoi, l’éducation, l’enseignement, mais aussi l’apprentissage, l’artisanat ou l’entreprise sont des armes efficaces que les pouvoirs publics, les collectivités dont la Région notamment, doivent garder au rang de leurs priorités politiques. Je veux saluer à ce titre particulièrement ce soir les nombreux apprentis des différents CFA et lycées professionnels du Languedoc-Roussillon qui nous ont préparé avec un grand professionnalisme de quoi agrémenter notre soirée.

On sait que les difficultés d’emploi sont principalement concentrées dans certains quartiers. C’est pourquoi j’ai décidé que la Région, même si cela ne rentre pas dans ses compétences, s’impliquerait désormais plus fortement dans les contrats de ville aux côtés de l’État et des communes pour renforcer les moyens d’aménagement et de développement de ces quartiers.

Je continuerai mon propos sur une valeur qui ne fait pas loi, une valeur trop souvent galvaudée et que certains considèrent comme l’enfant pauvre de notre devise républicaine. Je veux parler de la fraternité. En corollaire de la liberté, la fraternité doit reconstituer le ferment d’une société ouverte contre les replis, les populismes néfastes, les communautarismes de tout bord, les stigmatisations dangereuses, la recherche de boucs émissaires.

Si la liberté et l’égalité sont seules, si elles ne sont pas animées par un esprit de fraternité, elles ne sauraient suffire à rendre une démocratie forte et prospère.

La fraternité est, certes, un engagement personnel mais elle doit être transmise par un souffle collectif. Ce souffle ne peut s’arrêter aux rassemblements de la semaine dernière. J’ai espoir que nos concitoyens, que la jeunesse de France, que les forces vives du territoire que vous représentez nombreux ce soir, continuent à insuffler cet esprit de fraternité.

En ces temps d’effroi, je retiens cette phrase de Martin Luther King, reprise par la LICRA : « Vivons ensemble comme des frères, sinon nous finirons comme des fous ».

Mesdames et Messieurs, vous l’avez compris, je ne ferai pas ce soir le bilan de l’action régionale et je ne m’étendrai pas sur les projets à venir. Les circonstances me le dictaient ainsi. L’année électorale qui débute m’y contraint également. Certes une année importante s’annonce pour préparer la réussite d’une union que je veux la plus prospère et la plus équilibrée possible entre le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Mais j’aurai l’occasion d’y revenir très vite.

Avant d’en terminer, permettez-moi de saluer une nouvelle fois la mémoire de mes prédécesseurs et amis Georges FRÊCHE et Christian BOURQUIN, qui nous ont quittés trop brutalement le 24 octobre 2010 et le 26 août 2014. C’est Georges, et puis Christian, qui aurait du se tenir ici devant vous, à ma place, pour vous souhaiter ses derniers vœux du mandat.

Mesdames et Messieurs, la liberté est notre force !

Et cette force va compter pour l’avenir. C’est avec cette conviction chevillée au corps que je vous présente mes vœux, ce soir. À vous toutes et tous, et à tous les habitants du Languedoc-Roussillon, habités ce soir par cette force collective, je présente au nom des conseillers régionaux et en mon nom personnel, mes vœux les plus chaleureux et les plus amicaux, des vœux de santé d’abord, des vœux de joie et d’épanouissement malgré tout au long de cette nouvelle année, des vœux de liberté.

Vive le Languedoc-Roussillon, vive la République, vive la France !

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Une réflexion sur “Des vœux de liberté pour 2015

  1. C’est un bel article sur cette triste actualité mais pour notre région quand nos élites vont elles oser se propulser dans l’avenir ? Et pour cela mettre un peu de potentiel dans les réseaux à très haut débit afin d’attirer des entreprises nationales et mondiales performantes. Nous avons un environnement encore préservé le soleil baigne nos montagnes et notre littoral et une pépinière de jeunes talents en électronique et informatique avec un IUT et le LIRM sur Montpellier. Les liaisons filaires avec lesquelles les sous-traitants des télécoms font leur beurre grâce aux défaillances dues à l’abandon du réseau vont bientôt entrer aux musées. Il y a là l’occasion de rentrer dans l’histoire du 21eme siècle avec panache…

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